Une brève histoire des Aides de Camp en France

(Au temps de la royauté et de l'empire)

Faute de règle écrite, l'histoire des aides de camp ne peut se composer qu'au moyen de traditions et d'analogies. Ce qui les concerne va être examiné sous les rapports suivants : création, composition, dénomination, nombre, nomination, uniforme, fonctions, instruction.

CREATION, COMPOSITION, DENOMINATION :

Il a existé, de tout temps, des attributions qui répondaient à celles des aides de camp, car le premier soin de tout chef était d'assurer la transmission (rapide et correcte) de ses ordres.

Quand les rois commencèrent à employer militairement leur dapifer, ou officier de bouche, leur sénéchal, ou majordome, leur connétable ou homme d'écurie, chacun de ces personnages fut, à son tour, "aide-de-camp du roi".

Quand le connétable (premier officier de la maison du roi) devint général, il avait pour aide de camp le maréchal; quand celui-ci devint chef de guerre, il trouvait son aide de camp dans le maréchal de l'HOST; et comme les armées grandissaient; celui-ci eut à son tour des aides, au nombre de trois ou quatre, qui ne se contentèrent pas, sous Henri IV, de s'appeler aides de camp; car ces officiers prétendirent, comme leur chef, s'appeler maréchaux de camp; ce qui amena, ainsi que le témoigne le Comte de Montgomméry (1602), l'usage du titre de maréchal général de camp, pour que le chef et ses aides fussent distincts.

Dès ce moment, les aides de camp prirent des aides; tout cela n'était encore que dans les usages, non dans la loi : elle y remédia, en instituant lieutenant-général, le maréchal de camp général, et en confirmant, comme maréchaux de camp, les anciens aides de camp. Dès cet instant, le roi, le général d'armée, le lieutenant-général, les maréchaux de camp, eurent chacun des aides de camp; on pourrait donc regarder la création positive de l'emploi comme postérieure à celui de lieutenant-général; car, jusque-là, si les fonctions de cette nature étaient exercées près des chefs de guerre, par un ou plusieurs messagers ou chevaucheur, ou poursuivant d'armes, soit permanents, soit temporaires, ils n'accomplissaient que des fonctions de faveur, de circonstance ou de domesticité. Le personnage employé ainsi, n'avait ni un grade, ni un office reconnus; il n'avait pas même une dénomination fixe; le mot d'aide-de-camp ne s'emploie même pas avant le dix-septième siècle.

Si l'on en croit certains historiens, au moyen-age, les chevaliers d'armes, avant de parvenir à être poursuivant d'armes, puis les chevaucheurs d'armes remplissaient , les fonctions d'aides de camp. Ils se distinguaient des simples courreurs en portant les armes de leur seigneur, sur le bras droit.

Sous le nom d'aides de camp et de maréchaux de tournois, on voit des aides figurer dans les carrousels; mais la dénomination des aides de camp de guerre ou d'armée est bien plus moderne. Ainsi, en 1615, FEUQUIERES avait qualité d'aide des maréchaux de camp, dans l'armée du maréchal de BOIS-DAUPHIN.

Sous LOUIS XIII, les officiers généraux commencèrent à avoir légalement un ou plusieurs aides de camp. Une lettre de LOUIS XIII, adressée au maréchal de CHATILLON, en 1641, est un des premiers documents où il soit fait mention d'aides de camp.

VOLTAIRE (Suppl. au siècle de LOUIS XIV) atteste que sous ce prince des gentilshommes ordinaires faisaient fonction d'aides de camp, et que tous, titrés ou non, mangeaient donc à la table du roi.

Une lettre du 9 octobre 1642 n'autorisait que deux aides de camp auprès du général (général en chef), et un auprès de chaque maréchal de camp; mais les règles sur cette manière étaient si peu claires et si mal observées qu'au siège de Thionville, en 1643, le Duc D'ENGHIEN avait 22 aides de camp, (ce chiffre impressionnant peut s'expliquer par le fait que les Aides de Camp subissaient de lourdes pertes lors de l'accomplissement de leur mission) et qu'au siège de Turin , en 1706, un commissaire des guerres prend le titre d'aide de camp du maréchal de LA FEUILLADE. On voit aussi, sous LOUIS XIV, les brigadiers faire fonctions d'aides de camp auprès des généraux en chef.

Quand nos rois étaient à l'armée, ils attachaient à leur suite comme aides de camp, des seigneurs d'un haut rang qui avaient eux même des aides de camp appelés également aides de camp du roi. DANIEL (1721) et POTIER (1779,X), disent qu'il en avait ordinairement quatre, et que les pages faisaient fonction d'aides de camp surnuméraires.

On disait alors que :"quand la roi va à l'armée, quatre d'entre-eux de chaque semestre, lui servent d'aide de camp". On peut conclure qu'au milieu ce siècle, le terme était donc encore indéterminé, on pouvait donc être aide de camp sans être militaire.!

Sous LOUIS XVI les grades en second (subalternes) étaient l'échelon dont les aides de camp devaient être tirés.

Depuis la création du corps d'état-major, les lois de la composition ne tirent que de ce corps les aides de camp; c'était le remède à un abus, mais cette règle n'est pas sans abus elle-même : elle jetterait sur le champ de bataille des écoliers familiarisés peut-être avec quelques études du cabinet; mais inexperts comme homme de cheval, inhabiles comme tacticiens, ou fort empruntés du moins dans des manoeuvres difficiles.

Il existait dans le dix-septième siècle en Allemagne, des officiers dont l'emploi était analogue à celui de nos aides de camp; on les voit figurer dans la guerre de trente ans, sous le titre d'adjudants; cette qualification est plus convenable que ne l'est, dans notre langue, celle d'aide de camps, mot qui n'était point impropre au moyen âge, parce qu'il s'appliquait et se restreignait aux camps, aux champs clos, aux lices, aux tournois; mais qui, maintenant, est inexacte en temps de guerre et ridicule en temps de paix; en effet, un aide de camps qui fait campagne est quelquefois un aide de bataille, mais habituellement il n'est qu'un secrétaire intime et un honorable messager; il respire, disaient alors les mauvaises langues, plus souvent l'air des châteaux que la fumée des camps. Sa qualification devient donc impropre dans une guerre active, si son général ne campe pas; elle est fausse, s'il tient garnison, ou s'il sert en temps de paix; elle est ridicule s'il porte les armes sur mer; elle est grotesque, s'il est à l'Hôtel des Invalides ! Elle est extra légale, si le patron est un prince non-général, ou un souverain non dictateur.

La milice anglaise qui a imité, presque en tout, celle de LOUIS XIV, a fait anglais notre mot, en le tronquant sous la forme que voici "aid de camp".

NOMBRE, NOMINATION :

LEROUGE, dans un ouvrage, trop peu appuyé de preuves, prétend qu'en outre des aides de camps des généraux, il y eut sous LOUIS XIII et sous LOUIS XIV des aides de camps d'armées (ou plutôt aides maréchal de camps), et qu'au siège de Thionville, en 1643, ils étaient au nombre de vingt-deux, attachés au duc D'ENGHIEN. Cela ne dit pas quel nombre il en était attaché à chaque général, et c'est maintenant ce qu'il importe de savoir. Mais pendant longtemps, rien en cela ne fut bien déterminé; ainsi, en 1757, BESENVAL, quoique maréchal de camp, était aide de camps du Duc d'Orléans.

Le nombre et le grade des aides de camps a varié à raison du grade des généraux. Le decret du 5 octobre 1790 créait cent trente-six aides de camps, à savoir : quatre colonels, quatre lieutenants-colonels et cent vingt-huit capitaines. Chaque général en chef en avait quatre, dont un colonel et une lieutenant-colonel; chacun des autres officiers généraux en avait deux. Un décret du 18 novembre 1790 réduisit à un, le nombre des aides de camp des maréchaux de camp; ce principe s'appliqua ensuite aux généraux de brigade, les généraux de division continuèrent à en avoir deux. Ce même décret voulait que les généraux, en se remplaçant, prissent près d'eux les aides de camp attachés à leur prédécesseurs.

La loi du 23 fructidor de l'an sept ne reconnaissait que six aides de camp chefs de brigade, trente du grade de chef de bataillon, trois cent quatre-vingt-deux du grade de capitaine, cent deux du grade de lieutenant, total : cent vingt cinq.
 

Jusqu'au Consulat, il n'y avait pas d'aides de camp qui fussent moins que lieutenants ni plus que colonels; la coutume n'était pas que nos souverains en eussent en temps de paix. BONAPARTE effaça ces règles; il prit une partie de ses aides de camps parmi des généraux de premier grade; cependant il ne s'en attacha jamais plus de six.

Le budget de 1829, et l'Annuaire militaire de la même année, témoignent que Charles dix avait treize aides de camp, dont onze généraux. Le Dauphin avait six aides de camp en titre, et neuf aides de camp honoraires. Le Duc de Bordeaux, à titre de colonel-général des Suisses, avait cinq aides de camp, dont quatre généraux; comme héritier présomptif en second, il avait six aides de camp, dont deux maréchaux de camp et quatre colonels; il avait de plus six officiers d'ordonnance tant Suisses que Français.

Le Duc d'Orléans avait six aides de camp en titre; (officiers supérieurs) et avait pour aide de camp honoraire, un maréchal de camp.

Le Duc de Chartres, qui était aussi jeune colonel, avait pour aide de camp : un général ! En d'autres termes, il avait sous ses ordres un supérieur, la loi sur la hiérarchie n'avait pas embrassé le cas. Le Duc de Bourbon avait pour aides de camp, huit colonels ou généraux.

Sous le régime de la restauration et en pleine paix, le total des officiers de palais, officiers d'ordonnance non compris, était de cinquante-cinq aides de camp.

En 1833, Louis Philippe avait douze aides de camp; c'était le nombre que Bonaparte en avait eu. En juillet 1837, la reine Victoria attachait à sa personne les trente-quatre aides de camp du souverain auquel elle succédait.

Avant 1791, il fallait dix années de service pour être apte à passer aide de camp. Les décrets du 30 juin et du 6 juillet 1791 autorisèrent les généraux à prendre leurs aides de camp dans tous les officiers de l'armée, sans avoir égard aux dix années de service exigées.

 Bientôt il fut décidé que seuls les officiers d'infanterie ou de cavalerie pourraient être choisis pour aides de camp; ainsi, en France, un aide de camp était un officier momentanément détaché d'un corps, et placé en vertu d'une commission près la personne d'un général. L'emploi régimentaire d'un aide de camp restait vacant dans son corps; le vide qui en résultait occasionnait donc une surcharge de service pour les autres officiers; aussi une mesure différente fut-elle prise, et les officiers détachés, à titre d'aide de camp, furent remplacés dans leurs régiments, mais autorisés à occuper les premiers emplois vacants dans leur grade et dans leur arme, s'ils cessaient d'être attachés à leur général.

L'arrêté du 16 vendémiaire de l'an neuf modifia ces usages. Il mit les aides de camp sur le pied d'officiers hors ligne et sans troupe. Puis, l'ordonnance du 6 mai 1818 permit de fondre dans le corps de l'état-major général, les adjoints et les aides de camp. Une ordonnance de 1826 (10 décembre) prescrivit que les généraux en tirassent leurs aides de camp ce qui fut confirmé par une décision du 11 février 1831.

Une des causes de la trop grande extention donnée à cette époque au corps d'état-major, a tenu à la pensée que tous les généraux, même en temps de paix, se pourvoieraient d'aides de camp. Beaucoup de généraux se dispensèrent d'en appeler auprès d'eux, ce qui prouve le peu d'utilité de ce genre d'approvisionnement en temps de paix.

Conformément à la lettre précise de la loi, les aides de camp ne pouvait alors être tirés que du corps d'état-major, mais une décision du ministre BELLUNE (courrier français, 3 février 1822, page 5) autorisa les lieutenants généraux et les maréchaux de camp, à prendre un de leurs aides de camp hors du corps de l'état-major; car les décisions et les ordonnances sont le commode correctif des entraves de la loi.

Les Aiguillettes :

Malgré le temps et les équipements modernes des armées, l'Aiguillette demeure, essentiellement, la marque distinctive des aides de camp. Elle a peu évolué depuis sa création et se compose de :

- deux nattes à 3 brins, terminées chacune par un noeud et un ferret ciselé;
- deux cordons redoublés dont les bouts sont réunis sous une natte en drap du fond de l'effet qui se fixe sur l'épaule.

les dimensions réglementaires sont les suivantes : - grande natte (y compris le ferret) : 1 mètre
- petite natte (y compris le ferret) : 0,75 mètre
- grand cordon : 1 mètre
- petit cordon : 80 centimètres

Les ferrets présentent, à leur partie supérieure, l'emblème de l'armée ou de l'arme d'appartenance de l'aide de camp.